Le Gypaète barbu dans les Pyrénées

Une espèce emblématique à haute valeur patrimoniale

A l’image du milieu montagnard, surprenant et grandiose, le Gypaète barbu déploie ses 3 mètres d’envergure au dessus de certaines de nos vallées pyrénéennes.

Considéré comme le rapace le plus grand d’Europe avec le vautour moine, ce maillon ultime du cycle de la vie constitue une espèce phare de la biodiversité pyrénéenne.

Des Pyrénées orientales au Pays Basque, certains noms de cols et de sommets (Ugatze, Cap arrouy, Trencalos...) ainsi que des restes fossiles de plus de 250 000 ans attestent de sa présence millénaire sur l’ensemble de la chaîne.

Un mangeur d’os inoffensif...
Fait unique chez les vertébrés, 80 % de la nourriture du Gypaète est composée d’os, de pattes, de tendons et de ligaments de cadavres d’ongulés sauvages ou domestiques - animaux à sabots: isards, brebis... - qu’il ingère grâce à un gosier élastique . Doté de puissants sucs digestifs, il est capable d’utiliser les protéines, graisses et sels minéraux contenus dans cette nourriture très spéciale. Totalement inoffensif, le casseur d’os, comme les autres vautours pyrénéens nécrophages, contribue à l’élimination des carcasses en montagne. Ils assurent ainsi une fonction sanitaire dans la nature.

Dernier maillon de la chaîne alimentaire, il n’entre en compétition avec aucune autre espèce du règne animal.

Le Casseur d’Os:
Le Gypaète barbu emploie une technique très particulière pour pouvoir ingérer les segments osseux trop volumineux: le cassage d’os.

Pour cela, il utilise certains pierriers de cassage au dessus desquels il laisse tomber l’os qu’il a transporté dans ses serres. L’os, fracturé en morceaux plus réduits, est ainsi ingéré plus aisément.

Un cycle de reproduction très long
Le temps des amours...
Dans les Pyrénées, les gypaètes adultes vivent généralement en couple uni pour la vie. Chaque couple est cantonné sur un territoire moyen de 360 km2 structuré autour de différentes zones: Zone d’alimentation et de recherche de nourriture, de repos et de confort, de prise d’ascendance et de reproduction. En octobre, débutent les parades nuptiales. Le couple établit alors son nid sur des corniches abritées ou dans des grottes sur d’imposants reliefs escarpés, entre 600 m et 2100 m d’altitude.

De l’oeuf à l’adulte...
La ponte d’un ou deux oeufs intervient de fin décembre à début mars. Durant environ deux mois, les adultes se relaient pour l’incubation. Un seul jeune sera élevé. Au cours de l’été, il prend son envol après avoir passé environ quatre mois au nid. Les premiers jours suivant l’envol sont particulièrement critiques car le juvénile vole peu et reste posé sur des sites exposés et dangereux. Il restera dépendant de ses parents durant plusieurs mois. Durant cette période de dépendance, le jeune doit acquérir les techniques de vol et d’alimentation nécessaires à sa survie. La rupture familiale n’a lieu que lorsqu’un nouveau cycle de reproduction est entamé par les adultes qui expulsent le jeune de leur territoire.

Juvénile, cet oiseau mène une existence erratique. Devenu adulte vers l’âge de sept ans, il se sédentarise et se cantonne en couple, toute l’année, sur un territoire de nidification. Toutefois la première reproduction réussie n’intervient qu’à l’âge d’environ 10 ans. En liberté, sa durée de vie est estimée entre 20 et 30 ans.

Le rapace le plus menacé d’Europe
Autrefois répandu dans tous les massifs montagneux de l’Europe méridionale, le Casseur d’os a vu se réduire de façon drastique son aire de répartition depuis le début du XIX ème siècle. Aujourd’hui considéré comme le rapace le plus menacé d’Europe, les effectifs de la population européenne sont estimés à moins de 140 couples dont les trois quarts demeurent dans les Pyrénées. En Espagne, près de 80 couples sont recensés. En France, le Gypaète ne subsiste de façon naturelle qu’en Corse (10 couples), dans les Alpes et dans les Pyrénées (29 couples). Accueillant environ 25% de la population européenne, la France porte une responsabilité non négligeable dans la survie de ce rapace le plus menacé d’Europe.

En effet le Gypaète barbu, à l’instar des grands rapaces, a essuyé d’importantes persécutions - empoisonnement, destruction directe, dénichage - qui ont poussé l’espèce aux portes de l’extinction. Aujourd’hui, un certain nombre de menaces affectent l’espèce:
* Menaces directes sur les populations
* Dérangements à proximité des nids durant la période de nidification
Particulièrement sensible aux dérangements le Gypaète barbu est une espèce très farouche. Sur son site de nidification, sa distance de fuite pour un randonneur est de l’ordre de 700 m. Son instinct de conservation privilégie la sauvegarde des adultes reproducteurs aux dépens des jeunes. Toute intrusion malencontreuse aux abords du site de nidification durant la période de reproduction est susceptible de causer l’abandon du nid, l’augmentation du risque de prédation, le refroidissement de la nichée et l’échec de la nidification.
* Manque de ressource alimentaire


Des solutions pour l’avenir
Afin d’assurer la pérennité de l’espèce sur le versant nord des Pyrénées, le Ministère de l’Environnement a validé en février 1997, un plan de restauration du Gypaète barbu.

Ce plan doit être renouvelé cette année, dans la durée, en coordination avec nos partenaires espagnols, et a pour objectif de restaurer la population autochtone de Gypaètes barbus sur l’ensemble du versant Nord du massif des Pyrénées.

La mise en oeuvre de ce plan repose sur une large concertation avec les acteurs locaux et une participation active de tous les partenaires.

L’avenir du Casseur d’os dans les Pyrénées sera celui que les acteurs de la montagne voudront lui donner. Homme et Casseur d’os ont depuis des millénaires cohabités dans les Pyrénées, des solutions existent pour renouer leurs liens quelque peu distendus.

— Philippe SERRE
LPO Pyrénées
Plan de restauration du Gypaète barbu

Photos : Oscar DIEZ - FCQ

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